Lilas et le lézard doré - Extrait 4

…Il faisait nuit noire, mais de toutes façons, il faisait toujours nuit ici ; à peine pouvait-on distinguer une pâle lueur, là-bas, assez haut sur la paroi. Mais était-ce vraiment de la lumière? plutôt une idée de lumière, un esprit de lumière, pensa-t-il, et il fut assez satisfait de cette dénomination. Il déplia ses jambes, qu’il avait solides, avec des attaches robustes et des pieds faits pour arpenter n’importe quelle surface.

Il se mit debout et s’étira longuement. Il avait pas mal dormi pour une fois, et son sommeil s’était nourri de rêves délicieux, peuplés de nuages, de grands espaces dégagés et inondés de lumière, toutes choses qui faisaient totalement défaut ici. Une fois debout, il mit ses mains en conque autour de sa bouche, et appela plusieurs fois :
- Pili, pili ! en mettant l’accent sur le pi. La réponse ne se fit pas attendre. Venant des profondeurs de la nuit, une chauve-souris arriva à toute allure, ses ailes déchirant l’air dans un froissement d’étoffe. Antonin, la devinant, mit sa paume à plat afin qu’elle puisse atterrir en douceur.
- Salut Turpentine ! passé une bonne nuit ? demanda-t-il d’un ton jovial.
- Super ! Hou ! toi, tu as bien dormi ! ça s’entend ! répondit-elle, en effectuant des acrobaties sur la main d’Antonin. Celui-ci dépliait son index et la chauve-souris ne se privait pas d’exécuter des soleils et autres figures, ses griffes agrippant le doigt ainsi offert. Puis elle s’installa à nouveau sur la paume et entreprit de faire une petite toilette matinale. Ses ailes déployées avaient la douceur des ailes de papillon, et Antonin adorait les caresser doucement. C’était d’autant plus agréable que la douceur était une denrée rare dans cet endroit. Il tourna la tête vers l’esprit de lumière, là-haut, et demanda :
- Alors ? c’est le matin ?
- Oui et la pluie est au rendez-vous, soupira-t-elle, tout en nettoyant soigneusement les espaces entre ses griffes.
- Je donnerais n’importe quoi pour sentir à nouveau la pluie dégouliner dans mon cou, dit-il d’une toute petite voix.
- Je suis sûre que tu ne resteras pas une éternité ici.
- J’espère bien, j’envisageais l’éternité d’une autre manière !
- Forcément, on finira par trouver une solution.
- Depuis combien de temps suis-je ici ? demanda-t-il, et à l’intonation de sa voix, Turpentine devina qu’il retombait doucement dans cette tristesse qui l’habillait comme un vêtement trop serré.
- Je ne sais plus, mais dans tous les cas, il ne faut pas se laisser aller. Je vais chercher les lucioles, pour que tu puisses faire un peu d’exercice !
Elle disparut prestement et revint presque aussitôt, suivie par une quantité incroyable de ces petites bêtes lumineuses qui dispensaient une clarté telle que Turpentine avait chaussé ses lunettes de soleil. Antonin sourit en la voyant, car une chauve-souris portant des lunettes de star en plastique rose est un spectacle irrésistible.
- Que serais-je devenu sans toi ? lui dit-il tendrement.
- Allez ! il est temps de te secouer ! On va faire un tour tous les deux !

Elle décolla de la paume d’Antonin, suivie bientôt par ce dernier, qui, après quelques mouvements d’échauffement, retrouva la souplesse nécessaire dans ses ailes un peu froissées par une nuit de repos….

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