Lilas et le lézard doré - Extrait 5

…Elles se trouvaient devant un long couloir très étroit et au plafond assez bas, puisqu’elles pouvaient le toucher sans même tendre le bras. Une puissante odeur d’humidité leur sauta aux narines. Elles pouvaient y déceler de vagues relents d’algues et aussi quelque chose qu’elles n’avaient jamais senti auparavant.- Tu sens ce truc bizarre ? chuchota Loulette.
- Oui, … tu crois que c’est l’odeur des Gourmands ?
- Je ne sais pas, je préfère ne pas y penser.
Elles avancèrent prudemment, l’une derrière l’autre car l’étroitesse du passage ne leur permettait pas de marcher de front. Tout était silencieux, un peu trop à leur goût, et plus elles cheminaient, plus l’angoisse montait. Elles s’attendaient à tout instant à voir surgir devant elles ces fameuses créatures si voraces. Loulette stoppa net et Lilas trébucha contre sa cousine.
- Tu as entendu ?
- Quoi ? dit Lilas d’une toute petite voix.
- J’ai entendu des rires.
- Mais où ?
- J’ai eu l’impression que ça venait des côtés, de la paroi.
- Tu es sûre ? je n’ai rien entendu, continuons à marcher, quand on réfléchit trop, je commence à avoir peur.
Elles reprirent leur chemin, un peu plus vite. Le sol était inégal, de gros morceaux de granit dépassaient parfois et elles montaient leurs genoux un peu plus haut que d’habitude afin de ne pas trébucher. L’obscurité était totale, Lilas agrippait le pull de sa cousine et fixait de ses yeux la natte que Loulette s’était faite. Elle l’avait attachée avec un élastique orné d’un coquillage, et cette vision rassurait Lilas, elle ne savait pourquoi. Sa cousine tenait fermement la torche et avançait maintenant d’un bon pas.
- Plus vite on les aura rencontrés, mieux ce sera ! décréta-t-elle.
Lilas ne répondit pas, mais elle n’était pas sûre d’être du même avis. La notion du temps les avait abandonnées, et il leur semblait marcher depuis des heures. Soudain, après un virage à angle droit, elles se retrouvèrent face à une paroi de terre. Le tunnel était complètement bouché.
- Rien ne se passe comme prévu ! s’écria Loulette, excédée.
Lilas s’approcha et gratta la terre. Celle-ci s’effrita.
- C’est du sable ! dit-elle.
Sa cousine promena la torche de haut en bas ; il n’y avait aucun interstice, le passage était totalement obstrué. Les fillettes se regardèrent et se mirent à réfléchir. Dans le silence qui paraissait plus lourd encore, le visage de Loulette prit soudain une expression inquiète et étonnée à la fois.
- Ecoute ! chuchota-t-elle.
Elles tendirent toutes deux l’oreille et perçurent une sorte de grattement, très lointain mais qui se rapprochait indéniablement.
- ça vient de là ! dit Lilas en pointant son doigt vers le mur de sable.
Elles se rapprochèrent l’une de l’autre et se donnèrent la main. Maintenant, le bruit se faisait clairement entendre. On aurait dit une taupe géante qui creusait dans la paroi devant elles. Bientôt, ce furent des mots qui traversèrent l’épaisseur de sable compact. Les cousines se regardèrent, les yeux agrandis par l’étonnement et la peur…

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